La faim persiste 2 ans après un régime

Un régime hypocalorique déclenche la sécrétion de ghréline jusqu’à deux ans après le début de celui-ci.

Tous les régimes marchent à court terme. La perte de poids obtenu en quelques semaines est proportionnelle à la restriction calorique imposée. Voilà pour la bonne nouvelle. La mauvaise, rappelée dans son livre L’Antirégime par Michel Desmurget, ancien obèse et docteur en neurosciences, c’est que «sur 100 individus ayant suivi un régime alimentaire restrictif, 95 reprennent tout le poids perdu en moins de deux à cinq ans». Pourquoi cet échec? D’abord en raison de la physiologie et non à cause d’un manque de volonté. Notre corps ne veut pas maigrir. Il n’est pas programmé pour cela.

«Le corps se révèle parfaitement incapable de faire la différence entre famine involontairement endurée et amaigrissement sciemment poursuivi»

Michel Desmurget, ancien obèse et docteur en neurosciences

Les premières semaines l’organisme se laisse surprendre, d’où l’amaigrissement rapide, mais ensuite il n’a plus qu’un seul objectif: reconstituer ses réserves. La peur de la famine, comme inscrite dans nos gènes par le lent polissage de l’évolution, l’emporte. «Le corps se révèle parfaitement incapable de faire la différence entre famine involontairement endurée et amaigrissement sciemment poursuivi», explique Michel Desmurget, «le phénomène de reprise (des kilos perdus, NDLR) est très difficile à éviter tant l’ensemble de la machinerie métabolique s’adapte avec vigueur pour s’opposer à l’amaigrissement et en renverser les effets». La faim est l’un de ces moyens.

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Dans une nouvelle étude publiée par l’American Journal of Physiology Endocrinology and Metabolism, des universitaires norvégiens et danois montrent que les défenses engagées par l’organisme pour lutter contre les restrictions sont non seulement efficaces mais tenaces. Deux ans après avoir commencé un programme avec un régime hypocalorique, de l’activité physique, des consultations de nutritionnistes et de psychologues, 35 adultes souffrant d’obésité sévère (poids moyen de 129 kg pour un indice de masse corporel d’environ 42,5), avaient certes perdu 11 kg en moyenne, mais ils avaient toujours faim.

Hormone de la faim

Un résultat modeste, mais le plus ennuyeux est de voir que leur taux de ghréline, l’hormone de la faim libérée par l’estomac lorsque l’on maigrit, demeurait bien au-dessus de la moyenne: «les patients continuaient d’avoir faim», notent les chercheurs scandinaves. «Tout le monde a cette hormone, mais si vous avez été en surpoids et avez maigri, le taux de cette hormone augmente», explique Catia Martins, professeur associée à la faculté de médecine de l’université des sciences et techniques de Norvège (NTNU), qui a dirigé ce travail. À poids égal, un ancien obèse aura davantage faim que celui qui n’a pas eu à maigrir. Son taux de ghréline est augmenté.

«Cela fait partie des facteurs de risque de reprise de poids», confirme au Figaro le Pr Jean-Michel Lecerf, chef du service de nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, auteur de Connaître son cerveau pour mieux manger. «Cette étude explique pourquoi il faut avoir des objectifs modestes en matière d’obésité et privilégier une perte de poids plus progressive que rapide. Interrompre la prise de poids est déjà un premier succès», ajoute-t-il.

«Même pour une perte modeste (ici moins de 8% du poids du corps) il continue de résister deux ans après le début du régime»

Michel Desmurget, ancien obèse et docteur en neurosciences

Pour Michel Desmurget, cette étude scandinave montre la puissance des mécanismes physiologiques de notre corps, une fois qu’il a repéré l’amaigrissement: «Même pour une perte modeste (ici moins de 8 % du poids du corps) il continue de résister deux ans après le début du régime.»

Il faut donc y aller en douceur. Les kilos vite perdus sont aussi vite repris dit-on. Il y a trois ans des chercheurs australiens ont voulu vérifier cette croyance. Ils ont soumis 200 obèses soit à un régime intensif et rapide soit à un régime plus progressif avec pour objectif une perte d’environ 15 kg. Le régime intensif reposait sur des apports totaux de 450 à 800 kcal par jour (60 % de kcal en moins). Le régime progressif visait à amputer les apports quotidiens de 500 kcal (25 % de kcal en moins). L’objectif fut atteint en trois mois avec le régime intensif et en neuf mois avec le régime progressif. Deux ans et demi plus tard, les trois quarts des participants dans les deux groupes avaient repris les kilos initialement perdus. Car ce qui semble compter ce n’est pas seulement la vitesse d’amaigrissement mais bien la restriction de calories encore trop importante pour ceux qui ont suivi le régime progressif.

Pour échapper au radar du cerveau, il faudrait donc réduire très légèrement ses petits excès alimentaires au quotidien tout en augmentant son activité physique.

http://sante.lefigaro.fr/article/la-faim-persiste-deux-ans-apres-un-regime/

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